Fragilité du papier, intensité de la couleur,

Papier de soie, carton de récupération, matériaux d'emballage, pigments, la peinture liquide, l’acrylique, la gouache… Comme des glacis, les couches de papier peintes en lavis, se superposent, chacune faisant mémoire de l’autre et peu à peu s’effaçant, absorbées par la suivante. Le papier est un matériau mouvant, qui se solidifie et se fige dans un instant toujours renouvelé, la peinture se construit en douceur, en fragilité et avec lenteur. C’est un travail à la fois du dégradé, de la nuance et de la saturation, de l'intensification. La couleur devient archétype, entre en résonance avec les éléments de la nature qui vont se transformer se modifier s'altérer: l'eau devient terre, feu, chair puis air, ciel…et la lumière peu à peu émerge. Pas de concepts, pourtant entre chaque peinture un chemin se dessine, peu à peu, la forme esquissée, recouverte, à moitié effacée, la couleur multiple, changeante et semblable, ouvrent sur un paysage de l’intime, entre la fragilité et l’intensité de la lumière, la poésie de l'instant figé et le lent passage du temps.

le lent passage du temps,

Ni abstrait, ni figuratif, la peinture s'inscrit dans une dimension contemplative, elle s'offre avec éclat et douceur, elle donne à voir un paysage intérieur caché et révélé. Comme dans un vitrail, le travail de la couleur  diffractée est au centre de cette pratique picturale. Le tableau se construit progressivement par le jeu de superpositions des couches de papiers collés. l'intensité des couleurs, la multiplicité des nuances, la douceur des passages nous parle de l'émerveillement du monde, du lien qui nous unit à la nature, de son mystère . Les formes effacées, diluées, n'ont pas disparues, elles émergent par fragment au travers d'un jeu d'ombre et nous disent la fragilité et la poésie du cosmos. Le travail matériel presque artisanal, de la peinture, est au service d'une recherche spirituelle qui lentement fait émerger une lumière venue du coeur du tableau. Dans cette peinture, il est indirectement question du temps, le temps à  prendre pour regarder ces tableaux, le temps long nécessaire à leur fabrication qui peut s'étaler sur plusieurs mois voir plusieurs années et en opposition, ces multiple instants fugaces saisis où persistent la trace du pinceau.

 © 2018 Paul Béranger

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